Santé, infrastructures, banques, consommation : où se trouve réellement la valeur à long terme à la Bourse de Casablanca ?
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Investir en Bourse ne consiste pas simplement à identifier les entreprises qui affichent les plus fortes croissances. Il faut d’abord comprendre où se dirigent les capitaux, quelles transformations structurelles sont engagées dans l’économie et, surtout, quelle partie de cette croissance est déjà intégrée dans les valorisations.
Dans le contexte marocain actuel, quatre grands axes retiennent particulièrement mon attention : la santé, les infrastructures et le BTP, les banques et la consommation.
Ma lecture est toutefois différente pour chacun d’entre eux.
- Santé → secteur structurellement très fort.
- Infrastructure/BTP → cycle d’investissement exceptionnel, mais naturellement plus cyclique.
- Banques → bénéficiaires du financement de la croissance et de l’investissement.
- Consommation → potentiel réel, mais davantage dépendant du pouvoir d’achat des ménages.
Parmi ces quatre thèmes, j’accorde aujourd’hui une importance stratégique particulièrement élevée à la santé.
La santé marocaine : regarder au-delà du prochain trimestre
La raison est simple : nous ne sommes pas uniquement face à une croissance conjoncturelle des dépenses de santé. Nous assistons à une transformation structurelle de l’écosystème sanitaire marocain.
Le budget du ministère de la Santé et de la Protection sociale atteint 42,4 milliards de dirhams en 2026, contre 32,6 milliards en 2025, soit une progression de plus de 30 %, dans un contexte d'accélération de la protection sociale et de modernisation des infrastructures sanitaires.
Mais l'investisseur doit regarder encore plus loin.
Plusieurs forces peuvent soutenir le secteur pendant de nombreuses années : l'élargissement de la couverture médicale, l'urbanisation, l'évolution démographique, le vieillissement progressif de la population, l'augmentation de la demande de soins spécialisés, les besoins historiques en infrastructures médicales et le développement du secteur privé en complément de l'offre publique.
Autrement dit, nous sommes face à une tendance dont l'horizon se mesure davantage en années qu'en trimestres.
C'est précisément ce type de transformation que je recherche lorsque j'analyse un secteur.
Mais identifier un excellent secteur n'est que la première moitié du travail.
La seconde est beaucoup plus difficile :
À quel prix faut-il accepter de payer cette croissance ?
Et c'est ici qu'AKDITAL devient particulièrement intéressant.
AKDITAL : excellente entreprise, mais à quel prix ?
J'ai repris la valorisation d'AKDITAL en partant des résultats 2025 et des données disponibles au premier trimestre 2026.
Il faut, à mon sens, éviter une erreur fréquente : confondre valeur d'entreprise, valeur des fonds propres et capitalisation boursière.
En 2025, AKDITAL a réalisé 4,413 milliards de MAD de chiffre d'affaires, un résultat d'exploitation de 807,8 millions de MAD et un résultat net consolidé de 494,3 millions de MAD.
La croissance reste soutenue en 2026. Au premier trimestre, le chiffre d'affaires atteint 1,170 milliard de MAD, contre 940 millions un an auparavant, soit +24 %. Le groupe compte alors 41 établissements et 4 505 lits.
Ce sont incontestablement des fondamentaux solides.
Mais un analyste ne peut pas regarder uniquement la croissance du chiffre d'affaires.
Il doit également regarder le prix payé pour cette croissance et la manière dont elle est financée.
La dette est le point que le marché ne doit pas oublier
À fin mars 2026, l'endettement net consolidé d'AKDITAL atteint 4,539 milliards de MAD, contre 4,268 milliards fin décembre 2025. Cette progression accompagne notamment les investissements nécessaires à l'expansion nationale et internationale.
C'est pourquoi je préfère raisonner d'abord en Enterprise Value (EV).
Prenons un exemple.
Si nous estimons la valeur d'entreprise à 22 milliards de MAD, il serait incorrect de conclure que les actionnaires possèdent 22 milliards de valeur.
Il faut retrancher la dette nette :
22 Mds − 4,54 Mds ≈ 17,46 Mds MAD de valeur des fonds propres.
C'est cette valeur qui doit ensuite être rapportée au nombre d'actions.
C'est une différence fondamentale.
Ma valorisation fondamentale d'AKDITAL
Sur la base des données actuellement disponibles et de mes hypothèses de croissance, de rentabilité et de risque, j'estime aujourd'hui une valeur raisonnable des fonds propres d'AKDITAL comprise autour de 17 à 19 milliards de MAD.
Cela m'amène à une valeur fondamentale centrale proche de 1 250 MAD par action, avec une zone que je considère raisonnable d'environ :
1 100 à 1 400 MAD/action
Cette fourchette est plus importante à mes yeux qu'un objectif de cours unique.
Car une valorisation n'est jamais une vérité mathématique absolue. Elle dépend des hypothèses de croissance, de marge, de coût du capital, d'investissement et de dette.
À 1 130 MAD, par exemple, ma lecture est relativement claire :
AKDITAL n'est plus une action bon marché sur ses résultats historiques. Mais elle n'est pas manifestement surévaluée si le groupe réussit à exécuter son plan de croissance.
Cette nuance est essentielle.
Le marché n'achète plus seulement AKDITAL 2025
C'est probablement le point central de mon analyse.
Celui qui valorise AKDITAL uniquement sur son bénéfice 2025 regarde dans le rétroviseur.
Le groupe vise 59 établissements dans plus de 29 villes au Maroc à l'horizon 2028, avec une capacité dépassant 6 000 lits.
Et une deuxième histoire commence désormais à prendre forme : l'international.
AKDITAL ambitionne de développer à l'horizon 2030 un réseau international de 15 établissements représentant environ 2 000 lits, avec notamment l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et la Tunisie comme marchés stratégiques.
Cela change progressivement la nature même du dossier.
AKDITAL pourrait passer d'un champion marocain de la santé privée à une plateforme hospitalière régionale.
Mais attention : cette transformation doit encore être exécutée.
La Bourse a tendance à valoriser l'avenir avant qu'il ne soit visible dans les comptes. C'est à la fois sa force et son danger.
Arab Invest : beaucoup plus qu'une simple entrée au capital
L'entrée d'Arab Invest à hauteur de 15 % d'Akdital International mérite donc une lecture particulière.
Il faut tout d'abord comprendre qu'Arab Invest ne prend pas 15 % du groupe AKDITAL coté. L'opération porte sur la structure internationale.
C'est important.
Mais ce qui m'intéresse davantage encore est la qualité du nouvel actionnaire.
Arab Invest est une institution d'investissement panarabe détenue par les gouvernements de 16 États arabes, disposant d'environ 917 millions de dollars de capital libéré et de l'ordre de 1,4 milliard de dollars d'actifs sous gestion.
Son arrivée apporte donc potentiellement trois éléments :
du capital,
une validation institutionnelle du projet, et surtout un ancrage régional stratégique.
Ce dernier élément est particulièrement intéressant lorsque l'on connaît les ambitions d'AKDITAL en Arabie saoudite et plus largement dans le Golfe.
Ce n'est donc pas seulement une opération financière.
C'est potentiellement une opération de dérisquage stratégique de l'expansion internationale.
Le véritable changement : partager le financement de la croissance
C'est ici que ma lecture devient plus intéressante.
Le développement d'un réseau hospitalier est extrêmement consommateur de capital : immobilier, équipements médicaux, recrutement, besoin en fonds de roulement et montée progressive du taux d'occupation.
Si AKDITAL devait financer seule toute son expansion internationale, la pression sur son bilan deviendrait une question centrale.
Faire entrer des investisseurs institutionnels dans Akdital International permet potentiellement de partager le financement du développement sans faire supporter l'intégralité de l'effort financier à la maison mère cotée.
Et pour l'actionnaire, cette différence compte énormément.
La question n'est donc plus seulement :
Combien de cliniques AKDITAL peut-elle ouvrir ?
La véritable question devient :
Combien de croissance AKDITAL peut-elle créer pour chaque dirham de capital supplémentaire engagé par ses actionnaires ?
C'est cette logique de création de valeur que je surveillerai.
Mes zones de valorisation
Je préfère travailler avec des zones plutôt qu'avec un objectif rigide.
À ce stade, ma grille de lecture est la suivante :
| Prix AKDITAL | Ma lecture fondamentale |
|---|---|
| 1 000–1 100 MAD | Très intéressante si la trajectoire stratégique reste intacte |
| 1 100–1 250 MAD | Valorisation raisonnable |
| 1 250–1 400 MAD | Défendable grâce à la croissance et à l'international |
| 1 500–1 700 MAD | Exige déjà une bonne exécution du plan 2028–2030 |
| > 1 700 MAD | Le marché commence à payer sérieusement les profits internationaux futurs |
Cette grille permet surtout de comprendre une chose.
Plus le prix monte, plus le droit à l'erreur diminue.
À 1 000 MAD, l'investisseur peut absorber davantage de mauvaises surprises.
À 1 700 MAD, il faut que les ouvertures arrivent, que les établissements montent correctement en puissance, que les marges résistent, que l'international fonctionne et que la dette reste maîtrisée.
C'est exactement pour cela que je répète souvent qu'il faut distinguer la qualité de l'entreprise de la qualité du prix payé pour devenir actionnaire de cette entreprise.
1 250 MAD ou 1 740 MAD ? Le DCF devra trancher
La prochaine étape de mon travail sur AKDITAL sera donc différente.
Un simple PER ou un multiple EV/EBITDA consolidé devient progressivement insuffisant pour comprendre correctement la valeur du groupe.
Je privilégierais désormais une approche combinant DCF et Sum of the Parts, en séparant au minimum :
AKDITAL Maroc,
Arabie saoudite,
Émirats arabes unis,
Tunisie.
Pour chaque zone, il faudra projeter le nombre d'établissements, les capacités en lits, le taux d'occupation, le chiffre d'affaires par lit, la marge EBITDA, le CAPEX, le besoin en fonds de roulement et la dette nécessaire au développement.
Il faudra ensuite actualiser ces flux avec un coût du capital cohérent avec le risque de chaque marché.
C'est ce travail qui permettra de déterminer si la valeur économique se situe réellement autour de 1 250 MAD, ou si les fondamentaux futurs peuvent progressivement justifier des valorisations proches de 1 700 MAD et au-delà.
Ma conviction sur la santé reste forte, mais ma discipline sur le prix reste intacte
Je considère la santé comme l'un des thèmes structurels les plus puissants de la Bourse de Casablanca pour les prochaines années.
AKDITAL dispose d'une position particulière pour en bénéficier : leadership, capacité d'exécution, expansion territoriale et désormais ambition internationale.
Mais l'histoire boursière nous enseigne une règle simple :
Une excellente entreprise n'est pas automatiquement un excellent investissement à n'importe quel prix.
Mon travail d'analyste stratège n'est donc pas de tomber amoureux d'un secteur ou d'une entreprise.
Il consiste à identifier la tendance structurelle, comprendre la qualité du modèle économique, mesurer le risque financier, estimer la valeur intrinsèque, puis attendre que le rapport entre le prix payé et la valeur espérée devienne suffisamment intéressant.
Sur la santé marocaine, la tendance structurelle me paraît claire.
Sur AKDITAL, la qualité de l'entreprise me paraît également claire.
La véritable bataille se joue désormais ailleurs :
entre croissance future, dette et valorisation.
Et c'est précisément là que commence le véritable travail de l'investisseur.
Hicham AIT BASLAM
Founder – HAB CAPITAL TRADING
Analyst & Strategist in Financial Markets & Disruptive Technologies
Leading Investor & Advisor
Morocco | United Arab Emirates
www.habcapitaltrading.com