OR : ARRÊTONS DE VOULOIR PRÉDIRE LE PROCHAIN MOUVEMENT

OR : ARRÊTONS DE VOULOIR PRÉDIRE LE PROCHAIN MOUVEMENT

L’or fait perdre la raison à beaucoup d’investisseurs.

Lorsqu’il monte fortement, certains annoncent immédiatement une nouvelle explosion des prix. Lorsqu’il corrige, d’autres pensent avoir identifié le sommet définitif.

Et entre les deux, les graphiques se remplissent de supports, résistances, triangles, divergences, extensions de Fibonacci et objectifs de prix.

Le problème n’est pas l’analyse technique.

Le problème commence lorsqu’on lui demande d’expliquer ce qu’elle ne peut pas expliquer.

Un graphique nous montre où le marché est passé. Il permet d’observer le comportement du prix, le momentum et certaines zones où acheteurs et vendeurs se sont précédemment affrontés.

Mais il ne nous dit pas pourquoi des centaines de milliards de dollars se déplacent vers l’or.

Et encore moins pourquoi ils pourraient demain en sortir.

L’or n’est pas simplement une matière première

C’est probablement le premier élément à comprendre.

Analyser l’or uniquement comme on analyserait une action ou une matière première classique conduit rapidement à une lecture incomplète.

L’or est simultanément un actif monétaire, une réserve de valeur, un actif de diversification et, dans certaines circonstances, une protection contre la perte de confiance dans les monnaies, les politiques économiques ou le système financier.

Son prix dépend donc d’un ensemble de forces qui dépassent largement son graphique.

Parmi elles : les taux réels américains, le dollar, les anticipations concernant la politique monétaire, l’inflation, les déficits publics, la demande des banques centrales, les flux vers les ETF, la demande physique et naturellement les risques géopolitiques.

C’est l’interaction de ces variables qui m’intéresse.

Pas une ligne tracée sur un graphique.

La hausse de l’or raconte quelque chose

Une erreur serait de regarder l’appréciation spectaculaire de l’or et d’en conclure simplement :

« Le marché est haussier, donc l’or doit continuer de monter. »

Mais l’erreur inverse serait tout aussi dangereuse :

« L’or a beaucoup monté, donc il doit maintenant s’effondrer. »

Un actif n’est pas cher simplement parce que son prix est beaucoup plus élevé qu’il y a trois ans.

Et il n’est pas bon marché simplement parce qu'il vient de corriger de 10 ou 15 %.

Il faut comprendre ce qui a provoqué la revalorisation.

Lorsque les banques centrales accumulent davantage d’or, lorsque la soutenabilité des trajectoires budgétaires devient un sujet de marché, lorsque les investisseurs cherchent à diversifier leurs réserves et lorsque la perception du risque monétaire évolue, le prix de l’or peut connaître une véritable revalorisation structurelle.

Dans ce cas, comparer le prix actuel avec celui d’il y a cinq ans devient beaucoup moins pertinent.

Le régime lui-même a changé.

Mais une tendance structurelle n’est jamais une ligne droite

C’est probablement là que les deux camps se trompent.

On peut être structurellement positif sur l’or tout en considérant qu’une correction importante est parfaitement possible.

Les deux idées ne sont absolument pas contradictoires.

Plus un actif monte rapidement, plus le positionnement devient important.

Les investisseurs arrivent tardivement. Les anticipations deviennent plus consensuelles. Les prises de bénéfices augmentent. Et le marché devient progressivement plus sensible au moindre changement macroéconomique.

Une remontée des taux réels, un dollar plus fort ou une politique monétaire moins accommodante qu’anticipé peuvent alors provoquer une correction significative sans remettre en cause la thèse de long terme.

Une correction n’est pas nécessairement un changement de cycle.

C'est cette distinction que l'investisseur doit apprendre à faire.

Ce que je surveillerais réellement

Plutôt que d'essayer de deviner si l'or sera à 4 000, 5 000 ou 6 000 dollars dans quelques mois, je préfère poser une autre question :

Quelles conditions permettraient au régime haussier de rester intact ?

Je surveillerais en priorité :

  • les taux réels américains et la partie longue de la courbe ;
  • la trajectoire du dollar ;
  • les anticipations de politique monétaire ;
  • les achats des banques centrales ;
  • les flux institutionnels et ETF ;
  • les anticipations d'inflation ;
  • la trajectoire budgétaire américaine ;
  • les tensions géopolitiques et monétaires ;
  • et le positionnement spéculatif.

Ensuite seulement vient le graphique.

Le graphique devient alors un outil permettant d'observer comment le marché réagit à ces changements, et non une boule de cristal censée prédire l'avenir.

Le scénario que beaucoup oublient

Il existe d'ailleurs un troisième scénario entre « explosion » et « krach ».

Le temps.

Après une hausse extrêmement importante, un marché n'est pas obligé de s'effondrer pour corriger ses excès.

Il peut consolider.

Il peut évoluer latéralement pendant plusieurs mois.

Les fondamentaux peuvent progressivement rattraper le prix pendant que le marché construit un nouvel équilibre.

C'est ce que j'appelle une correction par le temps plutôt que par le prix.

Et c'est précisément pourquoi vouloir absolument annoncer immédiatement la prochaine grande direction peut devenir dangereux.

Mon cadre de lecture reste simple

Je ne cherche pas à savoir ce que le marché doit faire.

Je cherche à comprendre ce qui justifie son comportement actuel et quelles variables pourraient modifier ce régime.

Pour moi :

  • Le fondamental construit la thèse.
  • La macro détermine le régime.
  • Les flux permettent de comprendre où va réellement le capital.
  • La valorisation relative permet de mesurer le rapport rendement/risque.
  • Et l'analyse technique intervient ensuite pour le timing et la gestion du risque.

Pas l'inverse.

L’or ne doit pas devenir une religion

C'est probablement le point le plus important.

Lorsqu'un actif réalise une performance exceptionnelle, les investisseurs commencent progressivement à construire une histoire autour de son prix.

Les haussiers trouvent une justification à chaque hausse.

Les baissiers trouvent une raison d'annoncer un sommet à chaque correction.

À partir de ce moment, on ne cherche plus réellement à analyser.

On cherche à avoir raison.

Or le marché ne récompense pas celui qui défend le mieux son scénario. Il récompense celui qui sait modifier son scénario lorsque les faits changent.

Je n'ai donc aucun besoin de savoir aujourd'hui si l'or va « exploser » ou « s'effondrer ».

Je veux savoir si les forces qui ont alimenté son cycle haussier continuent de fonctionner.

Et surtout, reconnaître suffisamment tôt le moment où elles ne fonctionneront plus.

Parce qu'en investissement, avoir une conviction est utile. Savoir précisément ce qui pourrait l'invalider l'est encore davantage.

Hicham AIT BASLAM
Founder – HAB CAPITAL TRADING
Analyst & Strategist in Financial Markets & Disruptive Technologies
Leading Investor & Advisor
Morocco | United Arab Emirates
www.habcapitaltrading.com

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